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00° Pleine lune du 24 Juin 2002 |
PIERRE JOURDE / LA LITTÉRATURE SANS ESTOMAC
En 1992, Julien Gracq prétendait avoir la « Littérature à l'estomac ». En 2002 ne parvenant plus à digérer de trop nombreuses daubes, Pierre Jourde publie « La Littérature sans estomac »...
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Cette pièce montée par de longs articles jubilatoires et brillantissimes, cuisine entre autres quelques grands succès récents de la littérature franco-française [Angot, Beigbeder, Laurens, Rolin, Roze, Darrieussecq, Delerm], cette chose désormais codebarrée et prétendument sans importance. Frappée au ventre, la presse locale, dite «critique littéraire » n'a depuis cesse de le vomir, tel un indigeste chapon élevé au grand air, forcément vulgaire.
Jourde le dyspepsique en fait pourtant, lui, de la critique. Et c'est de la mitonnée. Ne broutant guère au râtelier de l'annotation de « conseil d'achat », il crache dans le rata du consensus [ndlr, le rata est un plat chaud servi aux soldats]. Jourde déglace son bol alimentaire de la fausse épicerie fine servie à la cantine de la littérature de dîner-spectacle : Sollers, le Monde des Livres, la poésie contemporaine, etc. Tout ce bouillon de culture aux yeux qui s'entre-regardent, passe au chinois de Jourde... qui se repaît d'en exposer les grumeaux.
On pourra ou pas être d'accord avec l'auteur, notamment sur la dichotomie qu'il trace entre une « littérature exigeante » et une « littérature de loisirs ». Toutefois, on pleurerait de joie de voir qu'une forme d'intelligence existe encore chez le lecteur. Les articles sont épicés, drôles, cruels, et surtout très argumentés. La liste des victimes, comme des encensés, serait longue. C'est parfois inattendu (comme les éloges d'Eric Chevillard ou de Catherine Millet), mais toujours référencé ; et même si on est pas convaincu par quelques mises en bouche de Jourde, on y apprend au moins comment textes et auteurs « fonctionnent ».
Ces leçons à elles seules, outre le massacre méthodique et hilarant de certains mitrons institutionnels prétendant à la haute cuisine, rendent l'ouvrage extrêmement goûteux. On retrouve le sel de la vraie polémique ; un sel iodé par Jourde pour combattre le crétinisme. Et de nouveau, on a les papilles excitées. Merci, monsieur Jourde !
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Francis Mizio
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La littérature sans estomac, de Pierre Jourde. Editions de l'Esprit des Péninsules. 334pp. 20,5 euroballes.
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