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FELA ANIKULAPO KUTI  / JAZZ & DANSE
J’ai longtemps hésité avant de vous servir ce double album de Fela, compilé et remasterisé après sa mort, mais il contient vraiment le meilleur et le plus éclatant du génial nigérian, black comme vous et moi.
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Par Denis Glazer


Les aficionados de Fela Anikulapo Kuti - et j’en fais partie - vont pouvoir rouspéter. Pour une fois que j’ai choisi de présenter une compilation, ça tombe sur eux ; les bougres s’attendaient évidemment à me voir faire ici l’éloge de ses albums cultes comme "International Thief Thief" (1969) ou "Music of many colours" (1980), traités par ailleurs par tous mes collègues et néanmoins ennemis du marché juteux des chroniques musicales. Cet article pop s’adresse donc essentiellement à tout le monde.

Nous sommes dans les 70’, à Kalakuta Republic, un quartier pop de Lagos où le "Black Président", comme l’appellent ses vingt-trois épouses, organise toutes les nuits des afters afro-beat jusqu’à plus d’heure, excepté le lundi et les jours de tortures militaires. Petit retour arrière.

Fela, de son vrai nom Fela Hildegart Ramsome Kuti est né en 1938 à Abeokuta, à 80 km au nord de Lagos et à 6742 km de Berlin-ouest, ce qui lui évita dès la naissance d’être réveillé par le bruit des bottes. Une guerre plus tard, au début des 60’, ces parents l’envoient faire des études dans les caves de Londres. Négligeant très vite le rockabilly et le be-bop et leurs hits endiablés (Blues Suede Shoes, Tutti Frutti, Be-Bop-A-Lula…), le jeune Fela préfère s’adonner aux joies du jazz et de la soul music dont il reprend les standards au saxo alto, accompagné par quelques potes antillais, mélange enrichi d’un soupçon de "High-life" (la musique alors en vogue en Afrique), et d’une pointe de cannabis - j’imagine déjà l’ambiance. Ainsi naissait l’afro-beat, une sorte de funk originel à groove tribal.

Ouvrons ici une parenthèse : depuis l'instauration au Nigeria du premier régime militaire en janvier 1966, il ne fait pas bon être journaliste, ni chanteur à textes à Lagos ; ça tombe comme des mouches ! Pour s’en faire une petite idée, rien de tel qu’une transposition nationale : imaginez qu’Ici-bas, PPDA meure dans la tour TF1 en ouvrant un colis piégé, que deux mois plus tard le rédacteur en chef de France Info soit tué par balles devant son domicile, ou que Francis Cabrel soit arrêté en plein concert à Agen (47) par des agents de la DST, ou pire, que Serge July soit torturé dans le commissariat du IIIème arrondissement. A ce moment du récit, je ne peux m’empêcher de rire en imaginant Serge July sortant au petit matin du dudit commissariat, en loque, le visage tuméfié, soutenu par trois de ses rédacteurs en chef. Fin de la parenthèse et phrase trop longue me signale Word.

Années 70’ - Le Nigeria (deux fois la France en population et en superficie, soixante millions de fois en nombre de musiciens) sort tout juste de la guerre du Biafra. Comme par enchantement, il connaît alors un fabuleux boom pétrolier qui propulse en quelques mois, environ dix militaires corrompus dans le luxe et le stupre, laissant le reste de la population dans la mouise. 95 % du revenu annuel de l'Etat (militaire) provient des taxes pétrolières (Source Courrier International).

C’est pourtant cette époque que Fela choisit pour rentrer au bled sous le patronyme de Mohamed Ali… euh d’Anikulapo (celui qui a la mort dans sa poche). Réfugié musical à Londres comme on le sait depuis les années 60, après un bref séjour à New York en 1969 chez les Black Panthers de Malcom X, il lance dans la foulée sa révolution afro-beat dans le quartier pop de Lagos : Surulere, baptisé je ne sais pourquoi "Kalakuta Republic". Quartier envahi tous les deux jours par les commandos du dictateur courant, qui finiront par mettre le feu à la discothèque de Fela le 18 février 1977. Bon, avant d’aller illico emprunter cet album à la FNAC, Kalakuta show est en écoute ici ! 30’’ légale, je sais c’est court. Durée réelle 14’29’’ !

S’il n’était pas mort en 1997, Fela aurait aujourd’hui soixante-cinq ans, dont quelques années de prison ferme.

Denis Glazer


Fela Anikulapo Kuti , Jazz & dance, compilation
Parution : 1997
Produit par Barclay
Extrait : Kulakuta Show

Reporters sans Frontière au Nigéria
www.rsf.fr/article.php3?id_article=1261
Tout sur Fela (en Français)
kalakutarepublic.free.fr
La discographie complète de Fela
www.djouls.com/fela

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