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NUSRAT FATEH ALI KAHN / MUSST MUSST
Certes, Nusrat est souvent décrit comme le Remi Julienne de la corde vocale, mais il se place dans votre discothèque idéale au rayon “Sous-Continent Indien”.
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Par Denis Glazer


Il y a du gitan dans le chant Qawwali (de Qawl signifiant la parole en arabe), ce chant sacré du XIIe siècle, cette pensée musicale pakistanaise basée sur une infinité de gammes (22 octaves) et de rythmes (de 2 temps à 500 temps). Ce qui expliquerait le nombre important de phtisiques et autres parkinsoniens parmi les musiciens pakistanais et manouches. Mais là n’est pas notre propos. Le rythme des mains claquées, les flonflons ultra speed de l’harmonium à soufflet (ancêtre du synthé) ou du violon, conduisent, dans les deux cas, le mystique à la transe, et le rationnel au sommeil. Il y a du gitan dans le chant Qawwali de Nusrat Fateh Ali Kahn.

Il va de soi que ceux d’entre vous qui ont vu “Le temps des Gitans” d’Emir Kusturica (ou à la limite, juste écouté la B.O. du film) auront saisi plus facilement la justesse de cette comparaison, que ceux qui n’ont vu que “Le Gitan”, film français de José Giovanni avec Alain Delon et Annie Girardot.

Né en (vers) 1948 dans la province du Pendjab au lendemain de l’indépendance du Pakistan, le jeune Nusrat ne s’intéresse pas du tout (mais alors pas du tout) à la naissance du Rock’a’Billy, ni même aux films à l’eau de rose de Bollywood comme ses petits camarades de classe. Cloitré chez lui, il était contraint de chanter à tue tête les airs Qawwali que lui imposait son père Ustad Fateh Ali Khan, illustre maitre-chanteur depuis 28 générations. “Quand je chante, la distance entre Dieu et moi est moins grande, et celle entre ma joue et la main droite de mon père est plus grande” aimait à plaisanter Nusrat - souvent assis en tailleur (ou carrément couché) du fait de sa carrure de sumo (1).

Très vite, le succès du fiston pointe à l’horizon - comme c’est souvent le cas quand le héros devient célèbre jeune. Dans les années 70's, Nusrat jouit déjà d’une aura sans précédent dans le Sous-Continent Indien et plutôt vers le Nord-Ouest. Mais en 1986, sa rencontre avec Peter Gabriel restera décisive surtout le plan financier. Toutefois, rançon de la gloire, Nusrat est amené à apporter sa contribution au jazz, à musique pop, au new-age, à la techno, à la B.O. de “La Dernière Tentation du Christ ” et de “Tueurs Nés”. Peter l’oblige même à chanter en “duo” avec les Asian Dub Foundation, ou pire, à accepter que son single “Musst Musst” (un must, en écoute ici ) soit remixé par les tous jeunes Massive Attack.

“Devotionnal songs” est peut-être l’album le plus flamenco de Nusrat Fateh Ali Kahn et son orchestre, et “Musst Musst” son album le plus pop. Donc les plus abordables pour la communauté indo-européenne dont vous faites partie.

(1) Eliane Azoulay, chroniqueuse à Télérama, dont je tairais ici le nom, a comparé un jour Nusrat Fateh Ali Kahn à un Pavarotti pakistanais. Pfff ! En tour de taille peut-être ? Car il est vrai que le maitre qawwali tenait lui aussi du sumo. Surpondération qui emporta Nusrat, le 16 août 1997, laissant derrière lui ses fils Muazzam et Rizwan devenir les dieux de l’Asian beat londonien de ces années double zéro.

Denis Glazer


Nusrat Fateh Ali Kahn, Musst Musst
Parution : 1990
Produit par Real Word Records
Extrait : Musst Musst (Massive Attack remix)

Le site officiel de Nusrat
www.nfak.com
Introduction à la musique indienne
makar-records.com/sitefrench/framegenref.html

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