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Nos experts en conjectures planchent ces temps-ci sur la vision d’un monde futur peuplé de vieux, de vétérans, de grabataires, de doyens et autres seniors. La population d'Occident mûrit de jour en jour. Si l'on voyage un tant soit peu sur les sentiers touristiques de la "vieille" Europe, on ne croisera plus guère bientôt que des aïeules pomponnées en survêtement et coupe-vent (et pas du Nike) agglutinées autour des lieux du passé (églises, châteaux, dancing, paquebots) et de quelques jeunes de moins de 70 ans. Les voyages forment désormais la vieillesse. Les cars Pullman et l'industrie cosmétique ont un bel avenir devant eux.
Avez-vous remarqué en ce moment, le nombre de sujets d'actualités qui traitent du vieillissement et de sa principale conséquence, la mort : euthanasie, retraites, canicule, pollution, pilules miracles pour riches seniores, viagra, chirurgie esthétique… Par malheur, cela n'a rien d'un hasard du calendrier ou d'une tendance lourde. Les instituts (de beauté) les plus sérieux le confirment : en 2050, plus de 50% de la population sera à la retraite, végétant entre la partie de Scrabble et les "tchats" platoniques du magazine "Notre temps". Depuis le Big-Bang, l'espérance de vie de l'homme - et surtout celui de la femme - n'a cessé d'augmenter. Si l'on remonte aux premières heures de l'humanité, cet âge n'était que de 8 ans ; Adam serait mort à 7 ans d'un cancer du fumeur, tandis que sa femme Eve nous aurait quittés à l'âge canonique de 9 ans. A cet ère-là, vieux ou vieille, on mourrait très jeune.
Quelques années plus tard - 5,7 millions environ - aux temps d'Hugues Capet, cette espérance va atteindre les 14-15 ans, puis doubler en l'espace de cinq siècles, pour aboutir à la trentaine bien tassée vers la fin du XVIIIe siècle. Notons qu'en ces temps antisociaux, ce ne sont pas encore les femmes qui traînent en longueur, mais les riches qui meurent en moyenne dix ans plus tard que les pauvres ; sauf bien entendu sous la Terreur (1793-94) où la tendance s'inversa sérieusement.
Aujourd'hui, une femme du Nord peut espérer atteindre les 90 ans sans forcer, et l'on parle déjà de millions de centenaires arpentant les rues d'ici-bas en survet' , d'ici le début des prochaines années 50. Brrr ! La peur de ce monde cauchemardesque expliquerait peut-être alors le non-scandale des "15000 disparu(e)s de la canicule".
En 1962, Pierre Laroque, père fondateur de la Sécu, tirait déjà la sonnette d'alarme dans un rapport sur le vieillissement de la population : le fameux rapport Laroque (1). "Le vieillissement, explique le vieux conseiller d'État, se traduit par le conservatisme, l'attachement aux habitudes, le défaut de mobilité, et l'inadaptation à l'évolution du monde."… Tu l'as dit Laroque, et ceci explique cela : l'ambiance raplapla de ces années Raffarin. Beurk !
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