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Par Séverine Kaman

"Si les élections pouvaient changer la vie, elles seraient interdites depuis longtemps". Ce slogan autocollé sur la porte des toilettes (de palier) d'un ami d'une ligue communiste et néanmoins révolutionnaire, m'a offert, sur un plateau si je puis dire, le sujet de cette chronique lunatique. Avec toutefois une légère nuance : loin d'être interdites, les futures élections risquent de devenir obligatoires (1). Exit le droit de vote, bienvenue au devoir de vote.

Avec 10% de non-inscrits, 50 % de non-votants et 30 % d'anti-parlementaristes (noir, rouge, blanc, nul), le parti dominant d'ici-bas n'a plus besoin que de 5 à 6 % de la population pour avoir des chances d'exercer le pouvoir suprême voire absolu. Facile !… Démonstration.

Dans la rue (je sais pas moi, rue de la République par exemple), prenons 1000 contribuables "nantis" du droit de vote selon la police. 900 d'entre eux ont daigné s'inscrire sur les listes électorales de leur mairie (avant le 31 décembre à minuit de l'année précédente), tandis que les autres (une centaine) préfère se diriger les jours d'élection vers leurs clubs de pêches respectifs. Dans ce groupe civique (les 900), seuls 450 se promènent en famille vers les isoloirs quand le devoir les appelle - via les médias, les panneaux électoraux (sorte de PLV de l'urne) ou les boîtes aux lettres (cassées). Parmi ces humain(e)s en voie de disparition, seuls 315 spécimens plébiscitent encore les partis linéaires (gauche, centre, droite) tandis que les autres (135 tout de même) aspirent à des lendemains plus effroyables. Résultat. Il ne suffit plus au futur père de la nation que de convaincre 45 individu(e)s pour accéder au second tour, soit l'équivalent d'un car Pullman. Pour éviter ça, Cif Ammoniacal… euh, l'instauration du droit de vote obligatoire. Un paradoxe très amusant.

Première difficulté de la mise en place d'un tel décret : quelles pourraient être les sanctions en cas d'abstention manifeste ? Certains proposent le retrait pur et simple du permis de chasse, du permis de construire, de la carte Orange, de la carte Vitale et autres variantes en forme de rectangle. D'autres plus drôles proposent une peine de prison ferme ; très efficace mais légèrement risible ; des milliers de prisonniers politiques condamnés aux Cantal (le goulag français) seraient du plus bel effet. Les partisans d'une forte amende rencontrent un obstacle délicat : seuls les riches auraient alors le "privilège" de ne pas voter. Quant à la suppression pure et simple du droit de vote, elle nous entraînerait vers des paradoxes vertigineux que je n'ai pas le temps de développer ici. Dommage, ça nous aurait fait rire un peu. Allez, pour n'en citer qu'un : les prisonniers seraient non plus interdits de droit de vote, mais dispensés de devoir de vote.

Deuxième difficulté pour la classe politique, et non des moindres : comment convaincre un(e) abstentionnisme de voter pour soi… de force ?! Avec une arme à la rigueur je veux bien voter pour Lionel Jospin mais sinon… Bref, les futurs débats s'annoncent troubles. A une semaine des régionales, cela devrait pourtant nous donner envie de profiter des dernières heures du droit de vote facultatif, non ?… Je sais, moi non plus !

(1) sondage Ifop/ Ouest-France réalisé selon la méthode des quotas, les 11 et 12 mars, auprès d'un échantillon de 955 personnes représentatif de la population âgée de 18 ans et plus.

(2) "Les élections cantonales, bon c'est pour élire les cantonniers… moi je vote pas, y'a pas d'arbres dans ma rue " Coluche 1981.

Séverine Kaman


Le sondage en question
fr.news.yahoo.com/040313/202/3p2ah.html
Nature et découvertes
www.cpnt.asso.fr

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