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Mignonne, la pub te sussure tant que tu dois être belle, l’objet de consommation ultime, que tu n’as plus d’encéphale, mais un ombilic hypnotisé entre les yeux. Hélas, ce joyau ne se voyant pas de l’extérieur, une solution a été créée : raccourcir ton pull et baisser ton pantalon. Grâce au nombril à l’air, calandre de ton présumé signe intérieur de richesse, dorénavant, ton moi, daMoiselle, se voit.
D’aucuns, hâtifs, estimeront que je fais des amalgames en prétendant que le nombrilisme féminin, victime d’une chute d’organe, s’est traduit par le nombril à l’air. Pourtant : la mode du nombril à l’air n’est qu’un avatar d’une segmentation du marché passant par le flattage de croupe de l’ego.
Mignonne, consommatrice infantilisée pré-Lolita, tu exhibes ton capital over pubien, mais sais-tu que tu adoptes ainsi les signes et consignes du marché de la sexualisation de la tranche 8-11 ans [170 milliards de dollars de C.A. aux USA] ? Sais-tu que tu valides ainsi l’ambiguïté d’un monde à la fois obsédé par la grâce des jeunes filles et la pédophilie ? Sais-tu qu’en exhibant ton petit bedon, tu encourages la “stéréotypisation” en cours de la femme adulte ? Laquelle, imitant en cela les pré-Lolita, s’identifie aux anorexiques des magazines en une quête de mortification sacrificielle, maintenant qu’on ne trouve plus de corsets. Pourquoi, crois-tu qu’on veuille rajouter un nombril à la poupée Barbie [tm] ?
Nous sommes tou[te]s destiné[e]s à être employé[e]s du Moi. C’est dorénavant la règle du " Je " qui n’est plus " un autre ", mais un ordre. Le narcissicisme hystérique qui sévit, clef de voûte de notre société rongée par l’industrie publicitaire qui rêve de rues tapissées d’affiches pornographiques, nous pousse au tout consommation, donc à la consommation de l’autre, cette marchandise, et par le sexe, cette satisfaction immédiate. Pas de panique ! Les hommes sont traités à la même enseigne. Leurs revues pour devenir des machines à baiser focalisent elles aussi sur le nombril, ce trou noir fascinant au milieu des abdos en plaque. C’est le temps du " un pour tous, tous porno ".
Des siècles d’omphalocentrie plaisante [religieuse, mystique, politique, érotique] ne pouvaient qu’aboutir, c’est finalement logique, qu’à un nombrilisme exacerbé par la marchandise et son spectacle. Moi, moi, moi, consommez-moi. Ecce ego, dirait “je”, ego ergo sum, dirait l’autre puisque le cogito est devenu aujourd’hui coïto [il a perdu son point G en route].
Pourquoi s’énerver pour de charmants nombrils ? C’est simple : à force de tout nous montrer dans la confusion [voulant être désirables, mais redoutant en même temps de l’être trop, déplorant alors de ne pouvoir l’être tranquillement], nous finirons par ne plus vous désirer, ô belles omphalophores. Ne leur offrez pas l’occasion de créer le marché du substitut.
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