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DANS LA VIE, FAUT PAS CENT FÊTES
“Il faut des fêtes bruyantes aux populations, les sots aiment le bruit” : c’est ce qu’aurait dit Napoléon Bonaparte, il y a une paille. Dorénavant, les sots sont à champagne, et au goulot.
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Par Francis Mizio

La fête serait-elle l’unique tendance de ces années double zéro ? C’ est ce que siffle le psittacisme (ndlr, répétitions de mots enployés sans que le sujet ne les comprenne vraiment ) médiatique. Tout ne serait que fête et la morosité défaite... Nous n’aurions jamais autant passé de nuits blanches que de nos jours. Tentons de cerner le phénomène.

La fête, qui commence dorénavant à 18h pour ceux qui veulent passer la nuit en début de soirée, est d’abord urbaine ; dite jadis de night-clubbing, c’est celle des “professionnels de la nuit”. Ceux qui organisaient des ballets bleus ou roses sous Pompidou dans des bistrots de bourgade ont su créer la “hype” et la “branchitude”. Les vernissages pour vernis (il y a tant d’artistes qu’on trouve toujours un verre à siffler sans quitter ses rollers) ; les “table dancing” (au centre de la nappe ce n’est plus un bouquet, mais une petite touffe) ; les “speed dating” en 7 minutes chrono (concept prétendument new-yorkais, mais qui n’est que le pendant, en plus peaux lissées, des anciennes pratiques en vespasiennes -à cette différence près que le pain des soupeurs est de mie pour canapé.

La fête est gastronomique : bien avant le before et loin devant l’after, il y a en effet le fooding, nutrition festive consistant à ingurgiter du colin sauce aurore arrosé de Pompougna

La fête bat son plein en Ploucland. C’est la bête rave (11000 teufeurs cool, selon les organisateurs ; 30 000 fêtards saouls, selon la police) avec tas d’ecstas, foulage massif du kaolin en chaussons Nike, bouteille d’eau anti-déshydratation et antennes de Médecins Sans Dope, mais avec substitut “du procureur”. C’est la boîte de nuit : cube de béton avec laser qui abreuve nos fils et nos compagnes. C’est tout le charme du retour de “discothèque”, sur les départementales à 1,6 gr et les potes qui s’enroulent sur les poteaux.

La fête est private. On se balance des flyers et des mails. On a une infoline. Chacun amène ses disques de raï et son rail, les copines pour la tournante et sa chopine pour la tournée.

La fête est celle du corps. Un bon gang bang dans une caserne de pompier, une soirée uro-latex ou un bal aux lampions chez les échangistes d’Agde, ça purge des scories du boulot. En plus les consos sont offertes. Les filles rentrent gratos et les garçons dedans...
La fête est rituel. Les classiques (les mariages en hausse paraît-il, les baptêmes, les bar-mitzvah, le ramadan) et les modernes (fête de rupture, de pacs, de réussite aux examens, au permis de conduire, de retour de l’être aimé …)

La fête est marchande. C’est celle d’Halloween, occasion de claquer du fric entre les fêtes d’été du Club Mickey et celles d’hiver du Club Carrefour. C’est la fête des mères, des cafés et des grand-mères, des secrétaires et de la musique. On en oublie. Il doit y en avoir pour les petits roumains et les dindons castrés, puisqu’on dispose aujourd’hui d’autant de fêtes que de non-anniversaires recensés par le lapin blanc d’Alice.

Indéniablement, la fête est dans l’ère. Voilà qui devrait nous réjouir : la morosité ambiante, l’hypnotisme et la prozacquisation du monde n’ont en effet que trop duré. Pourtant... “Une fête est un excès permis, voire ordonné”, écrit le chaman Sigmund dans “Totem et Tabou”, tandis que Nougaro sussure “dansez surmoi”. Ici se trouve peut-être notre défaite. Car, à défaut de bouger nos partis, on move notre body, et pendant ce temps, l’ordre règne en zone Sarko.


Francis Mizio


Jo Dona tous les samedis à minuit sur France Inter
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