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MOI, TOI, ROI
La généalogie ? Un passe-temps aristocratique en vogue depuis l’apparition d’Internet, et particulièrement en France. Voyage aux pays des passéistes.
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Par Séverine Kaman

C’est un fait. Devant la recrudescence de sites Internet ayant pour seul thème “d’où viens-je”, force est de constater que là où y’a du gène, y’a du plaisir. Normal. Selon les dires de certains spécialistes de la question nobiliaire, un Français sur cinq descendrait de Charlemagne - et paraît-il très peu de son neveu Roland qui comme chacun le sait sonna en vain de l’olifant avant de trépasser sans laisser derrière lui la moindre postérité. Cette proportion minoritaire et souvent usitée (un Français sur cinq) m’en rappelle une en particulier : celle des partisans de l’ordre d’Ici-bas. Mais, hasard ou parallèle, je ne ferais ici aucun parallèle hasardeux à ce sujet. Quoique…

Toujours est-il, qu’en ces années double zéro, la généalogie - hobby jusqu’alors réservé aux retraités, aux cruciverbistes et autres maniaco-dépressifs - est devenue une tendance lourde. La manie préférée des descendants de Charlemagne. Comment expliquer ce penchant soudain pour l’aïeul ?

A ce stade de l’article, je tente une idée : depuis la mésaventure du roi Louis XVI, le Français a, plus que tout autre hominidé, la nostalgie du monarque (cf. l’épisode mitterrandien du siècle dernier). Et Internet, réseau des réseaux, est devenu le nid rêvé de ces mélancoliques de la lignée ! On serait même tenté de penser qu’il n’a été créé que pour eux.

Petite excursion au pays de l’anthroponymie et premières déceptions. Après avoir prospecté une bonne dizaine de sites amateurs voire persos consacrés exclusivement à la question de la genèse du webmaster, je constate que la “chose” consiste exclusivement à exhiber son pedigree sous la forme (plus ou moins réussie) d’un arbre logique : le fameux arbre généalogique.

Aucune explication, aucun commentaire, rien qu’une liste interminable de noms propres accrochés à un vieil arbre. Aux extrémités (appelées je ne sais pourquoi les feuilles), les patronymes d’humbles préretraités nés aux alentours de la grande époque du rock’n’roll (1952-1960), et vers la racine (souvent au alentour de 1470), un quelconque baron de province dont on affiche on-line le blason perdu en “qualité moyenne”, et les armoiries au dessus de l’armoire.

Tout est bon pour chasser l’ancêtre : les annuaires, les bases de données, les archives municipales, les monuments aux morts ou aux blessés, les registres des monastères, des couvents, des églises, des synagogues, des mosquées, des services de police, des hôpitaux psychiatriques et des cimetières. Et même parfois, comble de la paresse, le recours à des généalogistes professionnels ; quand le temps leur est compté, certains maniaques de race sembleraient confier à un tiers le soin d’enquêter sur la leur (de race).

Car il faut dire que l’avantage indéniable de cette monomanie est certes, de ne pas voir le temps passer tout en se tournant vers le passé, mais surtout de pouvoir se dénicher un brave descendant aristocrate au détour d’une fiche d’état civil, de voir soudain apparaître la très prisée particule sur un avis de décès daté de 1642. Vous n’imaginez quand même pas que les gars de l’atavisme aillent se crever les yeux tous les soirs (RTT compris) devant un écran 17’’ bas de gamme pour se découvrir un ancêtre serf, non ?!

Ici, pas de danger ! Impensable de tomber sur un descendant de bas étage ! Les manants et autres petit-bourgeois de la portée n’ont pas été répertoriés dans les listings d’avant la dernière révolte (vers 1789). En deçà de cette limite, rien que du noble ! Dans ces conditions…

Notons enfin que, selon les spécialistes de la théorie darwinienne, trois Français sur cinq descendraient d’Akhénaton, quatre Français sur cinq descendraient d’une sorte de musaraigne et cinq Français sur cinq descendraient d’une algue bleue monocellulaire.


Séverine Kaman


Un bel arbre ma foi
perso.wanadoo.fr/morel.and.co/genea_aa.html
Un must de l’arbre photogénétique
sya.geneal.free.fr/arbrepho.htm
Le portail de l’anthroponymie
www.francegenweb.org
Le portail concurrent
www.genealogie.com
Un dossier : comment devient-on noble ?
www.casediscute.com/1999/16_noblesse/dossier/dossier_04.shtml

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