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T'AS TROUVÉ LA CLÉ ?
Ça m'étonnerait bien étant donné que je l'ai perdu avec mes derniers espoirs de liberté.
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Par Francis Lâam

A l'heure du tout-badge, pour pénétrer le monde de l'entreprise , et de la carte magnétique qui fait démarrer la voiture neuve, la clef traditionnelle, à pompe, à goupille ou à double panneton, compte les jours qui lui restent. Avant, selon toute vraisemblance, d'aller s'enfermer avec ses coreligionnaires dans l'armoire à oubli. Clic-clac, à double tour. Alors la dernière rescapée, une fois bouclée ses sœurs et cousines, pourra aller pleurer misère chez "Allo-Serrure-Express", ou mieux encore, finir ses jours en se jetant dans un bain d'acide. Dans un ultime pschhhhhh.

Honnêtement, il faut tout de suite reconnaître que ce serait assez dommageable pour notre société, qui a vite compris que le blocus sécuritaire et la serrurerie étaient, au moins depuis Louis XVI, une garantie assez sûre contre les attaques intempestives, les comportements intrusifs de ceux qu'on appelle "autrui" et les coups de surin des monte-en-l'air qui entendent fracturer nos petits « chez nous ».
Car un jour, peu après l'âge des cavernes selon une étude récente qui nous vient d'Albanie, l'être humain, dans un étrange retournement des valeurs, a compris que savoir s'enfermer était une vertu qui n'était pas donnée à tout le monde, que vivre libre était une parodie d'existence, et que le blindage d'une porte était un gage de réussite sociale et de positionnement éthique.

Ce n'était pas tout à fait faux, notamment lorsqu'un peu plus tard, nos sociétés industrielles et civilisées qui craignent tant que le sauvageon vienne voler la chaîne haute-fidélité ou la Jaeger-LeCoultre héritée du grand-oncle, décidèrent qu'une porte devait d'abord apprendre à la fermer, puis ne se laisser ouvrir qu'avec l'aide d'un objet plutôt oblong, dur au mal et lourd de sous-entendus. C'est plus tard qu'on inventa le porte-clé, mais nous reviendrons un autre jour sur les qualités requises par l'objet et les soubresauts de sa propre histoire.

La clef perdit alors son "f" final en même temps que ses dernières illusions : elle n'était désormais plus qu'un vague sésame pour le mieux-être des couards et le symbole moribond de nos craintes infondées, celles que l'on doit enfermer avant de tamiser les lumières et de servir le champagne dans un verre à bière. Ainsi peut-on convenir que fut faite la fortune des serruriers. Ces hommes aux pouvoirs quasi-chamaniques qui, munis parfois d'un vague trombone, voire d'une radio des poumons, sont en même temps capable d'ouvrir la plus récalcitrante des protections et de fermer, d'un geste de la main, les récriminations du client qui trouve un peu saumâtre de devoir payer une fortune pour quelques minutes de travail. Parce qu'en même temps, même si la clé n'a l'air de rien, c'était devenue une sacrée petite saloperie d'outil technologique. Enfin pas au temps de François 1er, mais depuis, car le propre de l'homme n'est-il pas de faire évoluer les objets quotidiens jusqu'à plus soif.

Passe-partout, crochets et rossignols font aujourd'hui rigoler le quidam moderne et le malandrin de basse extraction : l'avenir de l'ouverture des portes passera désormais par la reconnaissance vocale, la lecture des empreintes digitales, ou l'iris de l'oeil. Et ça, que l'on soit borgne, manchot ou muet, dans un monde qui vit sur la peur, on ne peut pas nier que c'est un progrès indéniable.



Francis Lâam


Pour crocheter
www.serrurerie-on-line.com/
Pour ouvrir les vannes de la connaissance
www.chez.com/montmartre/types.html
Un site en anglais. Admirable!
http://security.scottberg.info/index.htm

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