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T'AS PAS L'AIR CON, DANS TA R11?
La méchante canicule n'a soi-disant pas touché les ceusses qui font du frais dans leur voiture. Mais ils n'avaient pas l'air très smart dans leur congélo à roulettes.
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Par Francis Lâam

C'est un étrange paradoxe qui renvoie vers la préhistoire industrielle ceux qui aimaient tant rouler le coude à la portière. Nos grands-parents d'abord, dans la diligence pour Annonay, nos parents ensuite dans la 4 CV qui pétaradait direction Saint-Raphaël, nous-mêmes, mais deux générations plus tard, dans notre premier trip marocain. R11 et toit ouvrant, tel s'écrivait notre credo. C'était bien, mais qui pouvait alors imaginer que ça ne durerait pas. Nos enfants peut-être qui réclament de se comporter comme le voisin, celui qui fait son Lille-Perpignan sans ouvrir ni la bouche ni baisser la vitre électrique.

Car les ingénieurs, à l'intrépidité maladive, les constructeurs, à l'avidité épongeante, les concessionnaires, vautours de la marge nette, et les garagistes, l'embobinage à la boutonnière, tous n'ont de cesse de nous survendre l'inutile. Après la direction assistée, les sièges en alcantara, l'essuie-glace pour phares et la console intégrée dans l'appui-tête, ils nous fourguent sans suer l'air conditionné qui rend les aisselles chatoyantes, le dos serein et les tempes sèches. A tel point qu'aujourd'hui, quand il fait chaud, rouler les vitres fermées est devenu plus qu'un état d'esprit: un positionnement social, un symbole de réussite. Jadis, l'ouvrier transpirait sa vie à la mine ou à la chaîne, aujourd'hui notre "civilisation du voyage" n'entend pas couler comme un Titanic en pleine sudation. Faut que ça respire, que ça inspire façon rayon frais dans ma grande surface.

Dans cette fausse modernité, dans ce terrible coup porté à l'univers qui se lézarde, se distingue surtout un renoncement à la vie réelle, un enfermement consternant vers la peur de l'autre, de son climat et de sa langue. Car d'abord, comment fait-on désormais lorsque l'on croise le dos d'un beau garçon musardant sur le trottoir, hein ? Si c'est une bombe latine clonée, le temps de baisser le carreau et elle a disparu, avec son pan-bagnat ruisselant d'huile d'olive vierge première pression à froid. Nous voilà bien avancé !

Enfin, et c'est sans doute pire, l'emprisonnement entre quatre portières, un pare-brise et un hayon, peut se comparer au comportement du fameux "triple singe" (vous savez, celui qui refuse de voir, d'entendre et de sentir comment notre civilisation s'autodétruit en se marrant). Pour ne pas avoir à humer le surplus polluant que dégage une automobile équipée de l'air qui congèle les neurones, quoi de plus simple que d'en bloquer les issues et de faire croire aux autres passagers que l'air frais se fabrique par l'opération du saint d'esprit.

L'égoïsme sur quatre roues goutte pourtant plus que jamais par les pores de l'homme qui aime son confort. Ainsi le veut notre bien triste époque du bien-être individuel à tout prix. Qui promeut le grand frais, celui que le moteur fabrique en bouffant de l'essence avant de rejeter dehors ce qui va faire diminuer plus encore la couche d'ozone et augmenter les températures. Mais les cons ne l'entendent pas, qui, dans leur espace confiné roulent les vitres closes. C'est même à cela qu'on les reconnaîtra désormais.

Francis Lâam


Une douce tyrannie dont parle le Monde Diplo
www.monde-diplomatique.fr/2001/07/PAQUOT/15344
Confort yankee
www.chevroleteurope.com/french/model_lineup/transsport/comfort/fr_xx_air_condi.htm

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