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18° Pleine lune du 03 Juin 2004 |
VU À LA TÉLÉ
Faut-il interdire les ralentis pendant les matchs de foot à la télé? Faut-il interdire la télé? Faut-il interdire le foot?
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Bientôt le soixantième anniversaire du Débarquement. Mais avant, il y aura eu la finale de la Coupe, PSG/Chateauroux si nos renseignements sont exacts. Nous conseillons à la chaîne qui aura l¹honneur de retransmettre ce moment important du football mondial de faire bien gaffe. Qu¹elle se rappelle qu¹en 2001, un certain Jacques Blociszewski, analyste de la révolution technologique, estimait de son devoir de dénoncer «Le football télévisé victime du ralenti» dans la revue Communication et Langages (n°129, pp. 4-20).
Relisons attentivement ce texte fondateur. «Sous couvert de vérification et d'esthétisme, accuse Blociszewski, les images au ralenti déforment profondément notre perception du réel. Dès lors, prétendre les ériger en éléments de preuve (des fautes des joueurs, des erreurs des arbitres...) conduit à de graves injustices et dérives». Nous ne sommes pas sûrs de bien appréhender ce que recouvre ici le terme de «graves injustices», mais nous pouvons admettre qu¹il y a problème. Et ce problème est vaste, nous assure-t-on. «Alors que le regard que la télévision porte sur le football façonne notre propre regard, le culte omniprésent de la technologie et une certaine idéologie du contrôle et de la vidéo-surveillance transforment le sport-spectacle en sport-procès, et mettent le football en danger» lance Blociszewski aux derniers hommes libres. Le football est en danger, c’est embêtant. Mais bon, tant qu¹il ne s¹agit que de ça ... se rassure-t-on. Très très mal pensé! «Ce type de problématique dépasse de loin le cas du football, rectifie l¹auteur. Il nous interpelle sur l'éthique de l'image en général, sur le pouvoir de la télévision et ses abus». C¹est l¹avenir de la démocratie qui serait en jeu. La télévision et la technologie nous font vivre dans un monde d¹illusion et de diversion, c¹est un fait : voir Jacques Ellul.
Mais restait à en faire la preuve par le foot. Jacques Blociszewski s¹y emploie opiniâtrement, décortiquant un exemple concret. Lors d¹un récent Lyon-Monaco, nous rappelle-t-il, le milieu de terrain Vikash Dhorasoo (Olympique Lyonnais) a été accusé, au vu du ralenti, d¹avoir simulé pour obtenir un pénalty. Dhorasoo a finement rétorqué dans le journal L¹Equipe : «Je n'ai pas cherché à tromper l'arbitre. Y aurait-il deux réalités ? Celle dans laquelle se déroule l'action à vitesse réelle et une deuxième, sur l'action revue au ralenti ?». Bref, reformule Blociszewski, «le football se joue-t-il à vitesse réelle ou au ralenti ?». La réponse est dans la question. Vive le football réel ! Et acquittons Dhorasoo ! Sans vouloir aggraver la polémique, on peut être tenté de défendre la thèse inverse. Vive le football virtuel ! N¹est-ce pas celui qui satisfait le plus le téléspectateur réel? Les occasions de buts sont rares au foot, on ne va tout de même pas se priver de les revoir mille fois au ralenti. D¹ailleurs, un résumé de match, ce n¹est que cela : une lente chorégraphie où les joueurs sont comme en lévitation, où les ballons volent au fond des filets. Et puis le ralenti nous montre bien que Dhorasoo s¹est foutu du monde dans ce match contre Monaco. Pas mal essayé, Blociszewski, mais il faudra trouver autre chose !
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Edouard Launet
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